Hongrie : Le « touchdown » du football américain

Peyton Manning VS Russell Wilson sera le duel de quarterbacks du 48ème Superbowl. Photo : Ballerstatus.com.

Peyton Manning VS Russell Wilson : les quarterbacks des Broncos et des Seahawks vont rivaliser de « caviars » pour remporter le 48ème SuperBowl. Photo : Ballerstatus.com.

Dimanche soir, les Denver Broncos et les Seattle Seahawks s’affrontaient pour s’adjuger le SuperBowl, finale de la ligue nationale de football américain. Pendant que le ballon rond perd des fans au fil des défaites du onze magyar, l’ovale ocre ne cesse de conquérir de nouveaux adeptes. A la télé comme sur les terrains. 

C’est un match aux chiffres effrayants : 110 millions de téléspectateurs ; 3,8 millions de dollars les 30 secondes de pub ; 9 à 10 milliards de $ de dépenses (dont 70 % en boissons et alimentation, 5 % en postes de télévision) ; 1800 à 323 000 $ les billets au marché noir. Le choc San Francisco 49ers VS Baltimore Ravens (31-34), l’an dernier, avait affolé les compteurs. Le « combat » Broncos-Seahawks n’a pas dérogé à la règle.

Plus qu’un événement, le Superbowl est un spectacle. Un blockbuster sportif où des stars casquées hurlent des stratégies et tentent de marquer des essais (« touchdown ») ou des transformations (« field goal »). Un moment de communion populaire, où le public entonne l’hymne national avec Alicia Keys (2013). Et un incontournable « haltime show » (30 minutes), animé par Bruno Mars et les Red Hot Chili Peppers pour cette 48ème édition.


Un jeu quasi-centenaire

Lors d’une rencontre, deux équipes disposent de onze joueurs d’attaque et onze de défense chacunes, alternant selon les phases. La partie se divise en quatre quarts-temps de quinze minutes + remplacements et pubs. Tout contact illicite est sanctionné par une perte de terrain au profit de l’adversaire. Idem si le temps de mise en jeu dépasse vingt-cinq secondes. Un « touchdown » vaut cinq points (six si transformé). Un « field goal », trois.

Les règles modernes du football américain ont été établies par Walter Camp, considéré aux Etats-Unis comme le « père » de ce sport. Décédé en 1925, il a notamment introduit la ligne de mêlée, défini le « touchdown », ou bien encore codifié les alignements, composés de sept joueurs en situation offensive. Le tout premier SuperBowl s’est déroulé en 1967. Green Bay (Wisconsin) a terrassé Kansas City (35-10). C’était à Pasadena, en Californie.

Les Green Bay Packers, tombeurs des Kansas City Chiefs (35-10), ont été les premiers à soulever le Vince Lombardi Trophy. Crédit photo : CNN.com

Les Green Bay Packers, tombeurs des Kansas City Chiefs le 15 janvier 1967 (35-10), ont été les premiers à soulever le « World Championship Game Trophy ». Rebaptisé « Vince Lombardi Trophy », en hommage à l’entraîneur des Packers décédé prématurément en 1970, sa valeur marchande est estimée à 25 000 dollars. Crédit photo : CNN.com

Les Budapest Lions, fondés fin-1991 début-1992, ont ouvert la voie des yards dans la Hongrie post-communiste. Mais l' »amerikai foci » encore balbutiant, tout comme la démocratie en terre magyare, peine à se structurer. Une seule équipe, aucun soutien financier de l’Etat, et zéro sponsors. Ici, les Cowboys, successeurs des Lions, en ont longtemps été les seuls ambassadeurs. Jusqu’au mitan des années 2000.

« La « pause » a été longue. Elle a cessé lorsqu’une télévision a retransmis pour la première fois un SuperBowl, en 2004. Le soir-même, des joueurs ont décidé de recréer un collectif. Une nouvelle ère a débuté pour le football américain en Hongrie avec les Wolves », confiait en juin 2010 Gyula Udvardi, cadre de la MAFSZ (Magyar Amerikaifutball Szövetség, fédération hongroise, lancée officiellement en 2005) et consultant pour Sport TV.

« Une vraie mode »

Car l’entrée de la NFL dans les foyers magyars, il y a dix ans, a été une révolution. Les dimanches à 22 heures, Sport 2, canal câblé, diffuse un ou deux matchs à la suite selon le calendrier. Richard Faragó (dit « Ricsi »), l’une de ses vedettes, a contribué, par ses explications détaillées, à booster la popularité du foot US dans le pays. Fan de Kansas City, il s’est envolé pour le Met Life Stadium de New York, théâtre du SuperBowl 2014.

Chaque semaine, « Ricsi » s’entoure de spécialistes parmi lesquels Sándor Kovács, ex-pro devenu coordinateur défensif des Budapest Hurricanes (champions 2013), ou Márk Bencsics, 24 ans, 1m80 et 81 kilos, considéré comme l’un des meilleurs « focistes » hongrois actuels et surnommé le « Brady magyar » (en référence à Tom Brady, quarterback des New England Patriots et mari de la top-model brésilienne Gisele Bündchen, ndlr).

En décembre dernier, Márk Bencsics a fait la couverture de "Touchdown Magazin". Le joueur des Budapest Hurricanes est l'un des meilleurs espoirs du foot US en Hongrie.

En décembre dernier, Márk Bencsics, 24 ans, s’est invité en couverture de « Touchdown Magazin ». Le quarterback des Budapest Hurricanes, ancien pensionnaire des Wolves rivaux, est l’un des meilleurs espoirs du foot US en Hongrie. Crédit photo : TDmagazin.hu

Une médiatisation décisive. Au point que le 1er octobre 2005, le duel Györ Sharks-Debrecen Steelers ouvre le premier championnat hongrois de l’histoire. De quatre, le nombre de concurrents grimpe à huit (2006), 15 (2007) et 18 (2008). La ligue magyare, (MAFL) répartie sur deux divisions, compte 25 clubs pros, dont sept rien qu’à Budapest (Eagles, Cowboys, Hurricanes, Titans, Wolves, Ujbuda Rebels, Ujpest Bulldogs).

« Le ballon rond était en déclin chez nous et l’est toujours. Dans le même temps, l’intérêt pour le football américain allait crescendo, surtout grâce à « Ricsi » (Richard Faragó, ndlr) et à la professionnalisation des clubs d’ici. Une vraie mode ! Je me suis dit qu’il était grandement temps que la presse en parle « , explique Ádám Galambos, rédacteur en chef de Touchdown Magazin, débarqué en septembre 2012 dans les kiosques hongrois.

« Comme aux échecs »

Preuve de cet engouement : l’arrivée de TD Magazin coïncide avec l’affluence record, jamais égalée, du foot US en Hongrie. Le 22 octobre 2012, en finale de la MAFL, 5000 personnes se sont pressées au Sport utcai stadion de Budapest (Stade de la rue du sport, ça ne s’invente pas) pour voir les Wolves étriller leurs « ennemis » Hurricanes : 65-21. Un public aussi nombreux qu’en trois matchs d’OTP Liga, équivalent local de la Ligue 1.

« A première vue, on dirait des grands gaillards qui courent partout avec un ballon ovale. Mais en y regardant de plus près, on réalise à quel point le football américain est tactique, comme aux échecs. Pour beaucoup de gens, c’est le sport d’équipe par excellence. Car chaque joueur a un rôle bien précis sur le terrain« , déclarait vendredi « Ricsi », auteur d’un livre-somme sur la NFL avec László Gallai, au micro du « Morning Show » sur Class FM.

« Ricsi » Faragó (à gauche) et László Gallai ont coécrit le « NFL könyv » (livre NFL). Paru en 2010, ce pavé (1,8 kilo) est un ouvrage encyclopédique de référence, s’adressant autant aux amateurs qu’aux mordus magyars de football américain. Crédit photo : HAFL.hu

Hier soir, plus de 84 000 supporters ont donné de la voix dans le temple des Giants. Denver (meilleure attaque) – Seattle (meilleure défense) était une finale logique, disaient les observateurs. Pronostic d’Ádám Galambos : « Je vois les Broncos vainqueurs. Russell Wilson (QB des Seahawks) a été excellent contre San Francisco en demies. Mais Peyton Manning court plus vite et passe mieux. Il mérite de gagner« . La suite, on la connaît.

(P.S. : Les Seahawks, qui n’avaient jamais gagné de SuperBowl, ont écrasé les Broncos 43-8. Malcolm Smith (#53) a été sacré MVP (meilleur joueur) de l’édition 2014. Finaliste NFL il y a neuf ans, Seattle s’était incliné 21-10 face aux Pitsburgh Steelers. Premier titre sportif professionnel pour Jet City depuis les Supersonics en NBA, saison 1978-1979).

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