Lettre au lac Balaton : « T’as un beau bleu, tu sais… »

Au dessus de ton unique presqu'île, s'élève l'abbaye bénédictine de Tihany, construite en 1055. TiPhoto : extrahotel.hu

Au dessus de ton unique presqu’île, s’élève l’abbaye bénédictine de Tihany, construite en 1055 à la demande d’André Ier de Hongrie, inhumé en ces lieux. Photo : extrahotel.hu

Chère « mer hongroise », puisque tel est le titre de gloire dont tu es auréolé,

Laisse-moi commencer par une confession : tu m’as séduit dès notre première rencontre. En juin 2012, le mercure flirtait allègrement avec les 40 degrés. Bref, ca-ni-cu-laire. Parti de la gare de Kelenföld (sud-ouest de Budapest) en bonne compagnie, je t’ai aperçu à travers les vitres sales d’un Bzmot, vieille micheline magyare crachant du gasoil. Me voilà prévenu. Paquetage indispensable ? Flotte, crème solaire et patience.

Qu’on se le dise, te voir se mérite. Surtout ta rive nord, où je me rendais. Impossible d’y accéder sans changement à Székesfehérvár, « la ville des rois », où 37 couronnements et 17 enterrements de souverains ont eu lieu. Oublie la leçon d’histoire, mais sache qu’il m’a fallu deux heures pour gagner Füred, mon point de chute, à 120 bornes. La face sud, à côté, c’est l’autoroute. Sinon, Michel Jonasz t’a rendu hommage. La classe.


Que d’eau !

Tes mensurations en ont impressionné plus d’un, moi y compris : 592 km² de superficie, 77 de long, 15 de large. Certes, tu n’es ni profond (12m max) ni montagnard (105m). Cependant, tu restes le lac le plus vaste d’Europe Centrale, alimenté par une trentaine de sources et de cours d’eau. Excuse-moi du peu ! Autant t’avouer qu’après t’avoir admiré depuis le balcon du studio que nous louions, je n’avais qu’une envie : plonger.

Tu vas rire, mais les quelques minutes de marche jusqu’à la plage d’Arács m’ont paru interminables. Une fois payés les tickets d’entrée, je découvre une portion infime de ton jardin. De l’herbe, des bouis-bouis pour s’enfiler un lángos (beignet plat salé) ou du hekk (poisson fri), du sable, et toi. Impression Languedoc en Transdanubie. Ultime vérification avant la baignade. Serviette ? Posée. Protection anti-UV ? Tartinée.

Balatonsatellite

Cette image satellite le prouve : tu es gigantesque. Et ta forme allongée, si atypique, se fond parfaitement dans le paysage de la Grande Plaine. Photo : wikimediacommons.org

Bon, ton accueil est un peu froid, même si les rayons tapent fort. Je comprends aisément ta réaction. Tu dois en avoir marre que tant d’inconnus se prélassent sur ton lit turquoise à la belle saison. Je n’ai moi-même pas résisté au plaisir de m’étendre façon étoile de mer. Mais, à l’inverse des badauds jouant à l’aqua-volley, je me suis immobilisé un moment pour contempler ton horizon. Résultat : une peau écarlate.

Ceux qui te considèrent comme un trésor ont raison. Par contre, pour le nom des stations thermales et balnéaires qui t’entourent, tu aurais pu faire un petit effort. Balatonkenese, BalatonfűzfőBalatonalmádi, Balatonakali, ou Balatonederics sur ta façade supérieure ; Balatonvilágos, Balatonkiliti, Balatonföldvár, Balatonszemes, Balatonszárszó, et j’en passe, de l’autre côté. On frise l’overdose, tu ne crois pas ?

Que de passé !

Ma critique doit te paraître si superficielle, futile, anodine, toi qui as traversé les siècles depuis la Préhistoire. Toi qui dois ta naissance à un léger affaissement de croûte terrestre provoqué par l’existence de nombreuses failles environnantes. Toi qui n’as été asséché que deux fois, dont la dernière à l’époque Holocène (-10 000 ans), lorsque l’humain entamait son expansion sur Terre. Toi qui as survécu aux troubles du globe.

Voilà pourquoi, avant même que Jésus Christ ne débarque, tu as suscité l’intérêt des Romains, qui, lorsque ta bien-aimée Hongrie se nommait Pannonie, ont planté des vignes sur ta terre fertile. Tu es sans doute au courant que la région de Badacsony est reconnue pour la qualité de ses crus depuis 1980. On y cultive du Chardonnay, du Pinot gris, du Gewurztraminer, du Riesling ou du muscat. Les vinophiles te remercient.

Photo : bor-neked.hu.

S’étendant de Balatonederics à Ábrahámhegy, les monts Badacsony serpentent ton relief et abritent l’une des plus fameuses productions viticoles au monde. Photo : bor-neked.hu.

Ah, au fait, j’ai visité Tihany. Quand j’étais à Füred, j’ai immédiatement remarqué cet édifice te dominant. « C’est une église, m’a-t-on expliqué, mais il y a un village tout aussi magnifique derrière« . Alors, j’ai pris le large. Vu l’abbaye bénédictine, fondée par André Ier de Hongrie en 1055, détruite par les Turcs, puis retapée à la mode baroque. Parcouru le bourg médiéval. Halluciné en voyant ton étendue. Un air de Méditerranée.

En enquêtant sur toi, j’ai appris que tu abritais à Keszthely, sur ta rive septentrionale, la plus ancienne école supérieure d’agriculture du Vieux Continent (1797). Et que, sous le régime communiste, tu accueillais la majorité des maisons de repos des syndicats sur ta bordure méridionale. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises, dont la SNCF locale, possèdent des immeubles de vacances sur ton pourtour. Ton hospitalité t’honore.

Que de touristes !

N’empêche, une question me taraude : comment supportes-tu l’afflux de familles avec gosses agités, de retraités Ralph Lauren et de teutons en goguette low-cost ? Je te l’accorde, tu incarnais l’espace « détente » estampillé RDA jusqu’à la chute du Mur. Oui, tu es un one shot ou un week-end idéal, car situé à un souffle de la capitale magyare. Mais sérieusement, ta fréquentation en milliers, voire en millions, file la nausée.

En même temps, ça s’explique facilement. Tu as tellement d’atouts ! Allez, au pif : les sources chaudes curatives de Hévíz, les pétillants délicieux de Boglár, la réserve ornithologique du Kis-Balaton, la renommée de Siófok, les cônes volcaniques comme le Szent György, les 120 sites où piquer une tête…Et comment zapper tous les festivals ? BalatonSound et Strand à Zamárdi, B my Lake à Világos Le Sziget n’est pas seul.

Photo : fesztivalok.varosom.hu

Avec le BalatonSound, lancé en 2007, tu héberges l’un des plus importants festivals électro en plein air d’Europe. L’esprit de la fête est en toi. Photo : fesztivalok.varosom.hu

Loin du boum-boum alimentant la machine à fric, rien ne vaut un couchant recouvrant ta robe de vaguelettes une veille de fête nationale. Ajoute à cela des saucisses grillées, un feu, quelques bières, des potes réunis au-dessus du rivage de Fűzfő, et on peut appeler ça le bonheur. Si Saint-Etienne, fondateur du royaume de Hongrie un certain 20 août de l’an mil, était toujours de ce monde, il se serait éclaté. Garanti sur facture.

Impossible de terminer sans t’annoncer une bonne nouvelle : les circonstances vont rapidement nous réunir à nouveau. J’ai été invité à un mariage à Fonyód, du côté que je n’ai pas encore parcouru. Par chance, nous serons logés à moindres frais à deux pas des festivités. Une mini-valise, 120 minutes de trajet depuis Pest, le sourire jusqu’aux écoutilles, et affaire réglée ! Rendez-vous dans 15 jours. D’ici là, prends soin de toi.

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Une réflexion au sujet de « Lettre au lac Balaton : « T’as un beau bleu, tu sais… » »

  1. « Par contre, pour le nom des stations thermales et balnéaires qui t’entourent, tu aurais pu faire un petit effort. »

    Mes amis de Veszprém ont abandonné et parlent de « Balaton-X ». Cela rend les choses plus simples, surtout quand il faut raconter les vacances: « on était à Balaton…balaton…Balaton-x » « Ah igen igen Balaton-x igen… »

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