Edit Miklós : bâton de pèlerin

La skieuse transylvanienne a terminé à une 3ème place historique derrière Lara Gut (Suisse) et Anna Fenninger (Autriche). Photo : DR.

La skieuse transylvanienne (à droite), naturalisée hongroise à l’hiver 2010-2011, a terminé à une incroyable troisième place derrière Lara Gut (Suisse) et Anna Fenninger (Autriche). Photo : DR.

Tous sports d’hiver confondus, le palmarès olympique de la Hongrie se résume à six médailles en 22 éditions. Dont une en argent grâce au couple de patineurs artistiques András Sallay-Krisztina Regöczy. C’était à Lake Placid (1980), l’année du « miracle sur glace » voyant les USA chiper le tournoi de hockey à l’URSS.
Avec Edit Miklós, 3ème-surprise de la descente de Saint-Moritz, l’espoir renaît.

Elle s’est élancée avec le dossard n°2, derrière l’italienne Nadia Fanchini. Prête à dévaler, ce samedi 24 janvier, la piste Corviglia de Saint-Moritz et ses 481 mètres de dénivelé. Vitrine de la station helvète. Théâtre des JO d’hiver 1948. Créditée d’un temps-canon (1:44′.40), Edit Miklós relègue la transalpine à 1’24. Treize concurrentes buteront sur ce chrono jusqu’à ce que la Suissesse Lara Gut ne s’empare du leadership en 1:43’82.

Au bout du suspense, la néo-magyare (naturalisée à l’hiver 2010-2011 à sa demande) s’invite sur le podium. Accompagnant la Tessinoise de 23 ans, médaillée de bronze à Sotchi en descente, et l’Autrichienne Anna Fenninger, grand globe de cristal (vainqueur du classement général de la Coupe du Monde) en titre. Une première dans l’histoire du ski alpin hongrois. Une consécration pour la native de Miercurea-Ciuc (Roumanie). Ralenti.


« Je me battrai pour l’or »

Son nom était apparu sur les écrans-radars le 12 février 2014, à Sotchi, justement. Sur la Rosa Khutor, où la transylvanienne décrocha une frustrante 7ème place dans la discipline-reine. Frustrante, car Miklós et son coach, Barnabás Kovács, savent qu’elle a perdu une demi-seconde suite à une faute dans un secteur technique en haut de tracé. « Flashée » à 102 km/h, Edit a grillé les favorites du jour, dont l’Allemande Maria Riesch.

« Maintenant, je mets la barre encore plus haut ! », clamait la skieuse après sa belle performance. « Jusqu’aux prochains Jeux, il y aura deux Mondiaux et de nombreuses étapes de coupe du Monde. Quatre saisons se profilent devant moi avec leurs lots de succès, de déceptions, de joies, de larmes et de moments douloureux. Mais je me battrai pour l’or ! » Même sans breloque, Miklós rentrera avec un capital-confiance gonflé à bloc.

Sacrée revanche. Turin lui avait filé sous le nez : blessure. Vancouver s’est transformé en cauchemar : chute lors de l’épreuve d’ouverture. Trois mois de rééducation. Entre temps, Edit a fait son trou chez les juniors (5ème aux Mondiaux 2008 de Formigal, Espagne). Puis au même niveau chez les « grandes » (2 fois 18ème à Val d’Isère, 2010). Brouillée avec la fédé roumaine, elle opta pour la nationalité hongroise. Quitte à repartir de zéro.

Pour sa deuxième olympiade, Edit Miklós s'est brillamment hissée au 7ème rang. Photo : mob.hu.

Pour sa deuxième olympiade, Edit Miklós s’est brillamment hissée au 7ème rang. Photo : mob.hu.

La FIS (la FIFA du cirque blanc) lui retira illico ses points. L’association magyare de ski milita pour qu’elle puisse représenter son pays d’adoption. Obtint un « oui » à l’arrachée (17/01/2011). La spécialiste des épreuves de vitesse enchaîna les compets’ en France, en Allemagne et en Autriche histoire de gagner son ticket d’entrée aux Mondiaux de Garmisch-Partenkirchen (7/02). Verdict : 23ème du super-combiné (super-G/slalom).

Un véritable parcours du combattant. « Les athlètes allemandes ou suisses ont un staff complet voyageant avec elles et les aidant dans tous les aspects de la préparation, comme, par exemple, tourner des vidéos et les analyser afin d’améliorer leur technique. L’équipement d’Edit est d’une qualité inférieure à celle dont bénéficient les toutes meilleures », souligne coach Kovács, fondateur de la marque maison Explosiv.

Sponsorisée par Audi

Aujourd’hui, Miklós découvre la célébrité. Licenciée au MTK Budapest (ex-club affilié à la police secrète durant le communisme), elle peut compter sur le soutien du géant magyar de l’énergie MVM, de la compagnie pétrolière et gazière MOL, ou du constructeur Audi. Décorée du prix Ferenc Csik (nageur en or aux JO de Berlin 1936) en mai 2014, accordé aux sportifs hongrois les plus méritants, la magyare de cœur est devenue fierté nationale.

Pas si anodin, quand on sait que la plupart des rares mangeurs de poudreuse du coin vont chercher fortune dans les Tatras slovaques, ou les Alpes italiennes, slovènes, voire françaises et helvètes si le porte-monnaie suit. Que le Kékestetö, « toit » de la Hongrie juché à 100 bornes au nord-est de Budapest (région de Gyöngyös), « culmine » à 1014 mètres. Soit un Mont-Blanc quasi divisé par cinq. Une colline format bas-Massif Central.

Edit Miklós reçoit le prix Ferenc Csik des mains de Zoltán Balog, ministre des Ressources Humaines (à gauche) et István Simicskó (au centre), secrétaire d'Etat aux sports. Photo : miklosedit.com.

Edit Miklós reçoit le prix Ferenc Csik des mains de Zoltán Balog, ministre des Ressources Humaines (à gauche), et d’István Simicskó, secrétaire d’Etat aux sports. Photo : miklosedit.com.

Le ski, impopulaire en Hongrie ? Qu’importe, Edit est accro. Tombée enfant dans la peuf’. « J’ai commencé à 5 ans sur la piste de Somlyó, où je slalomais autour de bâtons de bois, et lancé ma carrière en Roumanie […] Grâce à Ferenc Bonis, mon préparateur considéré comme mon deuxième père, j’ai multiplié les apparitions à haut niveau, engrangé de la motivation et pris énormément de plaisir », raconte l’intéressée sur son site officiel.

Père et frère hockeyeurs dans l’équipe locale (HSC Csikszereda), montagnes du Hargita environnantes, Edit aurait difficilement pu éviter les patins ou les spatules. Faute de section féminine pour manier crosse et palet, elle a choisi les bâtons. Sans regrets. Le podium de Saint-Moritz s’ajoute à la superbe 5ème place de Crans-Montana (02/03/2014). Les 7 ans d’entraînement en Autriche ont payé. Confirmation (ou non) la saison prochaine.

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