F1 : Hungaroring, circuit imprimé

 

Photo : DR

La ligne droite des stands est l’un des rares moments de répit du Hungaroring. Photo : DR

En 1986, la Hongrie accueillait le tout premier Grand Prix F1 de l’Histoire derrière le Rideau de Fer. Basé à Mogyoród, petite commune à 18 kilomètres au nord-est de Budapest, le Hungaroring est devenu un tracé incontournable du championnat. Détenant même le record d’éditions consécutives (29). Cette année, une minute de silence sera respectée en l’honneur du Français Jules Bianchi, décédé récemment. 

Pour pénétrer dans le tourniquet magyar, les as du volant et personnalités du paddock empruntent l’avenue Bernie Ecclestone, en parallèle de l’autoroute venant de Budapest. Hommage au grand argentier de la Formule 1, décoré par le ministre des Transports pour avoir mis la Hongrie sur le devant de la scène automobile. Tamás Rohanyi, un ami promoteur sportif, lui avait soufflé l’idée au moment où le bloc de l’Est s’ouvrait timidement.

« Ecclestone tend l’oreille et accepte de visiter la capitale hongroise. Il imagine déjà des monoplaces fonçant sur les grandes avenues de Pest en bordure du Danube. Avant que la commission des sites historiques ne calme ses ardeurs. Le projet est simplement repoussé, le temps de faire sortir de terre un circuit dans une jolie vallée à une vingtaine de kilomètres du centre-ville », raconte Lionel Froissart, spécialiste de la F1 à Libération.

Suite au refus de l’URSS, approchée auparavant par Ecclestone, la Hongrie saisit sa chance. Un plan A prévoit un parcours urbain au Népliget, théâtre d’un Grand Prix le 21 juin 1936. Mais le gouvernement choisit la banlieue. D’octobre 1985 à mars 1986, les ouvriers travaillent d’arrache-pied jusqu’à une course inaugurale à la mémoire de János Drapál, motard compétiteur mort sur le guidon à Piešťany (Slovaquie) dix mois plus tôt.

Sinueux à souhait

Lent, bosselé et étroit, le Hungaroring compte 14 virages et s’étend sur 4,381 kilomètres. Un « Monaco à la campagne », dixit Froissart, tout aussi exigeant que dans la Principauté. L’enchaînement de tournants à faible allure complique les mano-à-mano, surchauffe les freins et oblige à jouer sans cesse du levier. La poussière omniprésente détériore rapidement les gommes et multiplie les risques d’embardée si la voiture déboule à fond.

La largeur de la piste n’excède pas quinze mètres devant les stands. Ailleurs, au moins vingt. Les courbes, souvent traîtres, obligent les conducteurs à une attention constante. Dont la cinquième, un long droit en montée, accidenté et relativement brusque. Ou la suivante, une crête à l’aveugle vers la gauche extrêmement difficile à négocier. L’une des préférées du double champion du monde espagnol, Fernando Alonso (McLaren-Honda).

« C’est comme un circuit de karting, indique le Britannique Lewis Hamilton (Mercedes), quadruple vainqueur à Mogyoród. Il y a beaucoup de passages sinueux et le seul endroit où se relaxer est la ligne droite des stands, par ailleurs assez courte. Le tracé est aussi peu adhérent, ce qui rend les dépassements aventureux. C’est un circuit qui récompense la régularité et la précision : attaquer trop fort se traduit par une perte de temps ».

Le Hungaroring, extrêmement ardu, ressemble à un cheval à bascule. Photo : F1i.com

Le Hungaroring, extrêmement ardu, ressemble à un cheval à bascule. Photo : F1i.com

Malgré sa technicité rebutante, le Grand Prix de Hongrie offrit un duel d’anthologie dès son lancement. Ayrton Senna, 26 ans seulement, maîtrisa le vétéran Nelson Piquet (34 piges) jusqu’à ce que l’aîné le déborde par l’extérieur à l’entame de la 57ème boucle, retarde son freinage au maximum et s’empare crânement du leadership jusqu’au drapeau à damier grâce à un magistral dérapage contrôlé. Une passe d’armes restée dans les annales.

La forme originale du Hungaroring (un genre de cheval à bascule, vu du ciel) le rapproche du tortueux Nürbürgring (Allemagne), cauchemar de Niki Lauda (il faillit brûler vif en 1976). Bref, l’anti-Monza (Italie), épreuve boulet de canon du championnat, où le Colombien Juan Pablo Montoya a atteint la vitesse ébouriffante de 372.6 km/h sur l’Autodromo Nazionale avec sa McLaren Mercedes lors d’une séance d’essais privés. Pointe inégalée à ce jour.

« Ciao Jules »

A deux pas du circuit, une statue représentant Ferenc Szisz toise le visiteur. Pas peu fière d’avoir enfanté les créateurs du Rubik’s Cube et de la vitamine C, la Hongrie est aussi la patrie du premier lauréat du Grand Prix de France. C’était au Mans, les 6 et 7 juin 1906. Serrurier de formation, Szisz fut ingénieur et pilote-testeur chez Renault durant les prémices de la marque au losange. La salle de presse du Hungaroring porte son nom.

Le tracé magyar est l’antre des premières victoires : Fernando Alonso (2003), Jenson Button sous le déluge (2006), Heikki Kovalainen (2008). Le meilleur souvenir de Nigel Mansell, qui, parti du milieu de grille, s’imposa au finish en effaçant tous ses adversaires (1989). Et la pire frayeur de Felipe Massa, qui, touché à la tête par un ressort échappé de la BrawnGP de Rubens Barrichello, s’en sortit après des mois de convalescence (2009).

Les températures caniculaires de l’été déstabilisent les pilotes, pourtant habitués à l’hyper-humidité de Sépang (Malaisie). Le relief itou. « Le Hungaroring est délicat. C’est comme une femme à tes côtés qui se comporte mal. Ce n’est pas toujours simple de s’en sortir ici. Les bosses sont dures et la voiture est très nerveuse. Ça tend à beaucoup bouger. Ici, il faut énormément d’appuis (aérodynamiques, ndlr) », détaille Sebastian Vettel (Ferrari).

Les pilotes de F1 ont décidé de rendre hommage à Jules Bianchi tout au long de ce week-end de Grand Prix de Hongrie. Photo : DR.

Pilotes, mécaniciens et écuries rendent hommage à Jules Bianchi tout au long de ce week-end de Grand Prix de Hongrie. Le Français était dans le coma depuis octobre 2014. Photo : DR.

Marquée par la disparition tragique de Jules Bianchi, la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile) a décidé de supprimer irrévocablement le numéro 17 des monoplaces. Celui qu’arborait l’Azuréen sur sa Marussia. Chiffre identique à l’écart séparant Lewis Hamilton de son dauphin et coéquipier Nico Rosberg au classement général provisoire. Ils ont assisté aux obsèques du Français, mardi, en la cathédrale Sainte-Réparate de Nice.

Jules à peine enterré, l’inquiétude a resurgi dès ce vendredi matin. Comme en 2014, le Mexicain Sergio Pérez a explosé sa Force India, faisant même un incroyable tonneau. Heureusement sans gravité. Abattue, meurtrie, la F1 reprend péniblement ses droits. Michael Schumacher, co-recordman des succès à Mogyoród (4), sera peut-être définitivement rayé des tablettes magyares si Lewis gagne dimanche. Show must go on.

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